Optimiser la coordination entre pharmacien et professionnels de santé pour limiter les interactions médicamenteuses chez les seniors

Pourquoi les risques d’interactions augmentent-ils après 75 ans ?

  • Polymédication fréquente : 46% des plus de 75 ans sont sous cinq médicaments quotidiens, contre 28% chez les plus jeunes seniors (source : Assurance Maladie, 2023).
  • Organisme plus fragile : Avec l’âge, le foie et les reins — qui éliminent les médicaments — fonctionnent moins efficacement. Les effets indésirables sont donc plus marqués.
  • Multiplicité des prescripteurs : Médecin traitant, cardiologue, rhumatologue, neurologue… Autant d’intervenants qui n’ont pas toujours une vision globale du traitement.

Une étude menée par le CHU de Toulouse recense que 20% des hospitalisations des plus de 75 ans sont dues à des effets indésirables médicamenteux (source : Inserm, 2019).

Rôle du pharmacien : l’allié trop souvent sous-utilisé

Si le médecin prescrit, c’est bien le pharmacien qui a la vision la plus concrète du traitement réel, à travers les ordonnances délivrées, mais aussi les demandes de conseils en officine.

  • Analyse du traitement complet : Un bon pharmacien scanne la totalité de la “liste de courses” médicamenteuse – et pas seulement les renouvellements récents.
  • Détection des interactions : Certifiés pour repérer les contre-indications, ils disposent de logiciels performants d’aide à la prescription.
  • Échanges avec le patient… et les proches : Conseil, prévention des oublis, adaptation des galéniques (gélule, sirop…), prise en compte de la capacité à prendre ses médicaments seul.
  • Bilan partagé de médication : Depuis 2018, la Haute Autorité de Santé recommande un entretien annuel où pharmacien et senior font ensemble le point sur tous les traitements (HAS : Bilan partagé de médication).

Petit conseil terrain : N’hésitez pas à demander à votre pharmacien de dresser une « fiche synthèse » imprimée, à emporter ou à afficher sur le frigo !

Quand et comment alerter sur une interaction potentielle ?

Voici les signaux qui doivent alerter le patient ou l’entourage :

  • Apparition d’effets secondaires nouveaux (malaises, chutes, tremblements, fatigue inhabituelle…)
  • Changement brutal d’humeur ou de comportement
  • Confusion, troubles de la mémoire survenus soudainement
  • Modification de l’état de santé après l’ajout ou le changement d’un médicament

Dans ces cas, contactez d’abord le pharmacien : il peut consulter l’ensemble du dossier et vérifier s’il s’agit d’un effet d’interaction. Il contactera ensuite le médecin si besoin.

À faire systématiquement :

  • Toujours montrer TOUTES les boîtes (même les gélules en vente libre, les compléments alimentaires, tisanes et huiles essentielles…)
  • Signaliser tout changement de spécialiste ou d’ordonnance récente
  • Demander, deux fois par an, un « bilan de médication »

Selon la Fédération des Syndicats Pharmaceutiques de France, un senior sur trois oublie de mentionner au médecin ou au pharmacien un produit acheté sans ordonnance (FSFF, 2023).

S’organiser concrètement : astuces et protocoles validés

  • Créez une liste papier (ou smartphone) de tous les traitements actuels : noms commerciaux, dosages, fréquence… À présenter à chaque consultation.
  • Réunifiez les ordonnances : Le pharmacien peut aider à regrouper et actualiser les prescriptions. Exit les papiers périmés ou les ordonnances non utilisées !
  • Mise en place d’un pilulier hebdomadaire : Une astuce simple et validée pour éviter doublons et erreurs de prise. Il existe aussi des piluliers connectés, testés dans certains dép. franciliens.
  • Notez les effets notés : Tenez un petit carnet, ou notez dans votre agenda, ce que vous observez après un changement. Fatigue, douleurs, insomnies… tout compte.
  • Prévoyez un référent « traitement » : Dans la famille ou chez les aidants, désignez un proche (même par roulement) qui fera le lien, posera les questions, accompagnera lors des bilans de médication.

Selon l’Ordre des pharmaciens, la collaboration entre pharmacien et aidant permet de réduire de 28% les erreurs de prise de médicaments (Rapport 2021).

Coordination : les outils au service des seniors parisiens

  • L’espace santé numérique « Mon Espace Santé » : Il permet, depuis 2022, de centraliser son dossier médical, ses ordonnances, ses examens et ses comptes-rendus. Pharmacien et médecin y renseignent chaque modification.
  • La messagerie sécurisée : Permet aux professionnels de s’alerter rapidement (exemple : le pharmacien peut envoyer une notification au médecin traitant en cas d’interaction suspectée).
  • Le Dossier Pharmaceutique : Accessible avec la carte Vitale, il retrace les traitements dispensés 4 mois en arrière et signale toute interaction potentielle.
  • Ateliers « sécurité-médicament » dans les arrondissements : Plusieurs MAIA, centres de santé et CLIC parisiens proposent des ateliers pratiques à destination des retraités pour comprendre les risques et simuler des situations réelles. Faites le point en groupe, c’est ludique et efficace.

Zoom sur les cas particuliers : automédication, phytothérapie, hospitalisations

L’ombre de l’automédication

Un tiers des intoxications médicamenteuses chez les plus de 65 ans sont liées à une automédication (source : ANSM, 2023). Anti-inflammatoires, aspirine, laxatifs peuvent fortement interagir avec certains traitements cardiaques ou anticoagulants. Avant d’ajouter une « petite pastille », même anodine, parlez-en à votre pharmacien !

Plantes et produits « naturels »

Le millepertuis par exemple, utilisé contre le moral bas, multiplie les interactions. La camomille peut potentialiser l’effet de calmants, tandis que le ginseng augmente le risque d’insomnie sur certains traitements. Règle d’or : « Naturel » ne veut pas dire sans danger – et votre pharmacien saura le vérifier.

Pendant l’hospitalisation ou en sortie d’hospitalisation

Lors d’une chirurgie ou d’une hospitalisation, la liste de traitements est souvent revue, adaptée, parfois incomplète au retour à domicile. Avant la sortie, exigez un « courrier de sortie » indiquant tout changement et montrez-le à votre pharmacien. Près de 15% des erreurs de traitements surviennent à ce moment charnière (source : Revue Prescrire, 2024).

Oser parler, informer, solliciter : l’alliance gagnante "patients-pharmaciens-soignants"

  • Ne jamais avoir peur de poser la question : « Ce nouveau comprimé va-t-il bien avec ce que je prends déjà ? »
  • Demander un rendez-vous pharmacien dédié une à deux fois par an : C’est gratuit, pris en charge par l’Assurance Maladie, et très utile pour faire une « révision » du traitement.
  • Informer même quand tout va bien : Un petit mail, un passage à l’officine pour signaler une amélioration ou une stabilité, c’est précieux aussi !
  • Créer une petite « équipe santé » de confiance : Médecin, pharmacien, infirmier et un proche, qui ont tous connaissance du traitement en cours et des outils de suivi. Il n’est jamais trop tard pour organiser une première réunion (même informelle autour d’un café !).

En bonus : les erreurs à éviter, relevées sur le terrain

  • Ne jamais arrêter un médicament de soi-même sans accord médical, même si les symptômes semblent liés.
  • Éviter de fragmenter les traitements dans différents sacs, placards ou boîtes : privilégier la centralisation pour la visibilité.
  • Ne pas cumuler deux ordonnances sans faire le point (notamment lors d’un changement de médecin ou de spécialiste).
  • Se méfier des conseils « amis » ou « forums » : chaque cas est unique, et la physiologie des seniors réserve souvent des surprises.

Vers un parcours de soins toujours plus sécurisé à Paris

À Paris, l’offre de pharmacies et la proximité des soignants sont de vrais atouts pour lutter contre ce fléau silencieux des interactions médicamenteuses. S’appuyer sur le pharmacien, c’est sécuriser au quotidien la prise en charge. Outils numériques, entretiens réguliers, piluliers, liens avec le médecin traitant… tout est fait pour simplifier la vie des seniors et de leurs proches. À chaque nouvelle étape, oser ouvrir le dialogue, montrer ses ordonnances, présenter ses doutes : c’est la clé vers une vie plus sereine et une santé préservée… même quand les boîtes s’accumulent !

Pour aller plus loin, retrouvez sur notre plateforme des guides pratiques pour organiser vos rendez-vous de bilan, établir votre fiche de suivi, ou accéder à la liste des ateliers prévention près de chez vous.

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