Accompagner l’après 75 ans à Paris : comment la coordination simplifie le parcours de soins

Pourquoi la coordination devient urgente après 75 ans

Au-delà de la simple multiplication des pathologies après 75 ans (on parle de polypathologies chez près de 57 % des seniors de cet âge en Île-de-France, selon l’ARS Île-de-France), le parcours de soins se complexifie pour plusieurs raisons :

  • Interactions entre médecins généralistes, spécialistes, et aides à domicile
  • Besoins nouveaux : matériel adapté, prévention des chutes, adaptations du logement
  • Risques accrus de pertes d’autonomie rapide après un passage à l’hôpital
  • Difficultés d’accès ou d’utilisation du numérique pour gérer les démarches

Résultat : le risque de “rupture de parcours” (hospitalisation prolongée, retour à domicile sans relais, ou oubli de soins prescrits) est bien réel.

Les principaux dispositifs de coordination sur le terrain parisien

La Maison des Ainés et des Aidants (MAIA)

Créée en 2009, la MAIA est un dispositif de “guichet unique” pour les parcours complexes. Sa mission : coordonner tous les acteurs autour de la personne âgée, grâce à un “gestionnaire de cas” formé à l’accompagnement global.

  • Qui peut bénéficier : personnes de plus de 60 ans en situation de perte d’autonomie, principalement à Paris intra-muros.
  • Le plus concret : le gestionnaire de cas vient à domicile, fait le lien entre l’hôpital, le médecin, l’assistante sociale, la MDPH, la famille… Il organise des réunions où chacun expose son point de vue sur ce qui est le mieux pour la personne.
  • D’après la CNSA (2023), la MAIA permet de réduire de plus de 40 % les ré-hospitalisations évitables chez les bénéficiaires (source : CNSA).

Les MAIA parisiennes sont accessibles directement ou via un professionnel de santé, mais l’appel du 3977 ou du 3975 (ligne Paris Seniors) permet d’être réorienté vers la plus adéquate.

Centres Locaux d’Information et de Coordination (CLIC Paris Emeraude)

Structure bien connue, le CLIC (rebaptisé « Emeraude » à Paris) est le point de départ naturel pour toute question sur les droits, aides et solutions géographiques. Il existe 10 CLIC Paris Emeraude, chacun correspondant à un ou plusieurs arrondissements.

  • Gratuit, ouvert à tous les habitants de plus de 60 ans et leurs proches (y compris les aidants éloignés).
  • Facilite l’accès à l’APA, la carte d’invalidité, la téléassistance, la livraison de repas, etc.
  • Organise des réunions d’information, ateliers et événements “prévention” dans chaque arrondissement : 1200 Parisiens y ont participé fin 2022 (source : Département de Paris).

la connaissance fine des dispositifs locaux (services de portage de repas, clubs mémoire, solutions innovantes…). Mais attention, ils ne remplacent pas la coordination médicale.

Dispositifs d’Appui à la Coordination (DAC 75)

Depuis 2019, ces plateformes “100 % santé” regroupent plusieurs structures pour éviter la dispersion des contacts. Elles sont référencées par l’Agence Régionale de Santé (ARS).

  • Le DAC accompagne à la fois les situations complexes et les cas plus simples quand il y a une question d’organisation ou de maintien à domicile.
  • Accessible à tous, mais souvent sollicité après un retour d’hospitalisation ou quand un proche s’inquiète d’une aggravation rapide de l’état de santé.
  • Apporte des réponses sous 48h en général, ce qui est précieux face à l’urgence.
  • Le DAC est aussi très utilisé par les professionnels de santé qui peuvent saisir l’équipe via une simple fiche en ligne (Source : ARS Île-de-France, 2023).

Equipe Mobile Gériatrique de Liaison (EMGL) et plateformes hospitalières

Quand l’hospitalisation s’impose et que l’enjeu est de réussir le retour à domicile ou en Ehpad, l’intervention d’un gériatre de liaison fait toute la différence.

  • Le rôle de l’EMGL : évaluer la situation “en profondeur” (médical, social, psychologique), travailler main dans la main avec l’équipe hospitalière et anticiper la suite (rendez-vous, rééducation, aides humaines, HAD – Hospitalisation à domicile).
  • Parfois, c’est l’EMGL qui, dès la sortie, transmet le dossier à la MAIA ou au CLIC pour prendre le relais.
  • En 2022, 60 % des urgences gériatriques à Paris ont bénéficié d’une coordination de sortie avec une équipe mobile (source : AP-HP).

Après une fracture du col du fémur, la plateforme de l’hôpital Cochin organise systématiquement un staff avec tous les intervenants du domicile (infirmière, kinésithérapeute, auxiliaire de vie, etc.) avant retour à la maison.

Les réseaux de santé gérontologique et l’appui aux professionnels

On voit émerger depuis une dizaine d’années des réseaux locaux qui fédèrent médecins traitants, infirmiers, kinésithérapeutes et associations autour du même objectif : “ne pas laisser la personne âgée sans solution”. Ces réseaux ont été supplantés par les DAC mais ils restent structurants sur certains territoires parisiens, notamment dans le 14, le 16 et dans le nord-est.

  • Ils organisent des réunions de concertation “flash” autour d’un cas complexe ;
  • Ils aident à élaborer “le bon plan de soins” là où plusieurs médecins interviennent.

Quand le numérique renforce la fluidité : la télécoordination en action

Le numérique commence à jouer un vrai rôle dans la coordination, même si les disparités restent fortes selon les quartiers et l’accès du public senior au numérique.

  • La messagerie sécurisée MSSanté permet aux médecins hospitaliers et de ville de transmettre rapidement une information clé (compte-rendu d’hospitalisation, ordonnance adaptée, dates de visite à domicile…)
  • En 2023, l’AP-HP a généralisé le “plan personnalisé de soins” téléchargeable et partageable – un progrès pour limiter la perte d’informations au retour à domicile.
  • Des plateformes comme PAERPA (Personnes Âgées en Risque de Perte d’Autonomie) permettent d’anticiper le suivi après un séjour à l’hôpital (source : Ministère de la Santé).

Comment identifier le bon dispositif pour chaque situation ?

Toutes ces structures sont rassurantes… à condition de ne pas se perdre entre elles. Voici quelques pistes simples pour s’orienter :

  • Pour une question sur les aides au quotidien : Appeler le CLIC (Paris Emeraude) de votre arrondissement.
  • En cas d’aggravation brusque, perte d’autonomie, retour d’hospitalisation compliqué : Contacter le DAC ou demander à un professionnel de le faire (demande possible par téléphone ou en ligne).
  • Si le parcours de soins devient “trop complexe” (beaucoup d'intervenants, de rendez-vous ou de pathologies) : La MAIA est le guichet à privilégier : le gestionnaire de cas centralise l’organisation.
  • Pour un accompagnement global hospitalier à domicile : Parler à son médecin ou demander à rencontrer l’équipe mobile de gériatrie lors d’un séjour hospitalier.

À noter : le Conseil Départemental de Paris a mis en place une cartographie interactive des dispositifs d’aide et de coordination sur Paris.fr, qui permet d’identifier le service adapté à son secteur ou à ses besoins (Paris.fr – Personnes âgées).

Quelques conseils pratiques glanés sur le terrain parisien

  1. Ne pas attendre la crise : Plus tôt on sollicite un dispositif, plus on évite l’épuisement du proche et la désorganisation (80 % des ruptures de parcours surviennent après un “coup dur” mal anticipé, source ARS).
  2. Établir un “carnet de bord” : Liste des intervenants, contacts, planning des visites – utile pour tous, surtout si plusieurs proches se relaient.
  3. Oser poser des questions : Les gestionnaires de cas, coordinateurs, CLIC ou DAC sont là aussi pour ça ! N’hésitez pas à demander un écrit récapitulatif après chaque rendez-vous.
  4. Soigner le lien avec le médecin traitant : Il reste le chef d’orchestre du parcours de santé, même si l’entourage “tisse” beaucoup autour.

Vers une ville toujours plus amie des aînés ?

Paris expérimente depuis 2023 (programme “Paris, Ville Amie des Aînés”) un rapprochement entre coordination médicale et sociale. Certains arrondissements testent des “équipes mixtes de territoire” qui, en une seule visite à domicile, détectent besoins d’adaptation, isolement, risques de chute et parcours de santé. L’objectif ? Passer d’un accompagnement au coup par coup à une vraie logique de prévention. 

À Paris, la coordination – si souvent vue comme un luxe ou une paperasserie – devient le maillon fort pour réconcilier les seniors avec le système de soins : fluidité, simplicité, chaleur humaine. L’avenir pourra-t-il renforcer encore ces liens et généraliser les pratiques qui marchent ? En attendant, le message reste : identifier les bons relais et ne pas rester seul face à la complexité. Et comme dit Mme Dupré, « la paperasse, je m’en fiche, tant que je peux sortir voir mes copines... ».

Sources consultées : ARS Île-de-France, CNSA, Paris.fr, Ministère de la Santé, AP-HP.

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