La coordination des soins pour les personnes âgées : qui sont les véritables chefs d’orchestre ?

Pourquoi la coordination est essentielle quand on avance en âge

En France, plus de 58 % des personnes âgées de 75 ans et plus vivent avec au moins deux maladies chroniques (source : DREES 2023). Diabète, arthrose, cœur fragile, troubles cognitifs... Le cumul de traitements et de professionnels devient rapidement la règle, non l’exception. Or, chaque année, plus d’un passage sur trois aux urgences pour les plus de 80 ans serait évitable avec une meilleure organisation des soins (source : CNAMTS 2022).

Lorsque les intervenants ne « jouent » pas la même partition, on risque :

  • Des oublis ou doubles prescriptions de médicaments
  • Des examens redondants
  • Un épuisement du proche aidant, qui passe son temps à recoller les morceaux
  • Des hospitalisations qui pourraient souvent être évitées

D’où l’intérêt croissant pour la coordination, qui consiste à faire en sorte que tous les professionnels avancent dans le même sens, au service de l’autonomie de la personne âgée.

Quels sont les professionnels impliqués dans la coordination ?

La palette d’intervenants est large. Certains sont en première ligne, d’autres en « coulisses », mais tous sont indispensables au fil du parcours gériatrique. Focus sur les rôles clefs.

Le médecin traitant : pilote de la prise en charge

Impossible de parler coordination sans évoquer d’abord le médecin traitant. C’est souvent lui qui :

  • Pose les diagnostics
  • Gère la majorité des prescriptions
  • Orchestre les interventions extérieures (kiné, IDE, spécialistes...)
  • Fait le lien avec la famille et l’équipe sociale

En 2022, plus de 87 % des plus de 75 ans en France avaient désigné un médecin traitant (source : Assurance Maladie). Mais, sous la pression du temps, ce dernier n’a pas toujours la possibilité de s’informer auprès de chaque professionnel. D’où l’importance d’appuis complémentaires.

Les infirmier(ère)s à domicile : les vigies du quotidien

Avec leurs passages réguliers (pansements, injections, surveillance), les infirmiers sont les « yeux et oreilles » du système, mais aussi le relais d’alerte en cas de souci. Leur rôle concret dans la coordination :

  • Transmettre au médecin tout changement ou incident observé
  • Communiquer au kinésithérapeute ou à l’aide à domicile les évolutions importantes
  • Accompagner dans la prise de traitement afin de prévenir erreurs ou surdosages

La Haute Autorité de Santé rappelle que « la qualité de la communication entre médecin traitant et infirmière est l’un des premiers facteurs de prévention des hospitalisations non nécessaires. » (HAS, Guide de coordination, 2023)

Le kinésithérapeute : gardien du mouvement et partenaire clé

Le kiné n’intervient pas seulement après une fracture du col du fémur. Il accompagne chaque jour la récup’, la prévention des chutes, le maintien à domicile.

  • Il informe le médecin des progrès ou régressions notés lors des séances.
  • Adapte son programme selon les retours des autres intervenants (douleurs, difficultés...)
  • Participe parfois à des réunions de coordination, notamment via les dispositifs MAIA ou les réseaux gérontologiques à Paris.

En Ile-de-France, près de 49 % des plus de 75 ans suivis en ville bénéficient d’au moins une séance de rééducation chaque année (URPS 2023).

Le pharmacien : chef d’orchestre discret des traitements

Souvent sous-estimé, le pharmacien joue un rôle de vérification et de conseil crucial :

  • Analyse la cohérence des prescriptions (prévention des interactions médicamenteuses, doublons...)
  • Fournit un « plan de prise » ou un pilulier adapté
  • Alerte le médecin en cas de suspicion d’incompatibilité ou d’effets secondaires, grâce à la lettre trimestrielle de conciliation médicamenteuse (réglementée par l’Assurance Maladie depuis 2020)

À Paris, les officines participent de plus en plus à des actions locales de coordination : réunions, téléconsultations avec les équipes mobiles gériatriques, etc. (source : Ordre national des pharmaciens).

Les aides à domicile : rouages de l’accompagnement (mais rarement coordinateurs)

Qu’ils interviennent via le CCAS, une association ou en emploi direct, les aides à domicile apportent un soutien qui va bien au-delà du ménage : aide à la toilette, à l’habillage, préparation des repas, présence rassurante. Si leur mission première n’est pas la coordination des soins, elles sont souvent les premières à remarquer un changement d’état (perte d’appétit, trouble du comportement, chute passée sous silence).

Leur remontée d’informations, même informelle, vers la famille ou le médecin traitant peut parfois faire toute la différence. C’est pourquoi, sur certains territoires, on les inclut désormais dans les formations à la coordination (source : Fédération ADMR).

Le rôle pivot des professionnels de la coordination

Au-delà des intervenants habituels, il existe des métiers ou dispositifs spécifiquement chargés de coordonner le parcours :

  • Les infirmier(ère)s en pratique avancée (IPA) : depuis 2018, ces infirmières titulaires d’un master en santé gèrent, en lien avec le médecin, la surveillance des personnes polypathologiques, l’organisation des actes et la coordination des équipes (source : HAS Dossier IPA).
  • Coordinatrices de parcours en dispositifs MAIA (Méthode d’Action pour l’Intégration des services d’aide et de soins dans le champ de l’Autonomie) : actives à Paris notamment, elles deviennent l’interlocuteur privilégié des familles en cas de parcours complexe/maladies chroniques multiples. Elles réalisent l’évaluation multidimensionnelle, planifient les interventions et s’assurent du suivi (source : CNSA).
  • Assistants de service social et conseillers en gérontologie : Ils sont le « GPS » des familles pour naviguer entre dossiers d’aide, plans d’aide APA, retour à domicile après hospitalisation, etc. Leur connaissance des réseaux locaux est précieuse.

Les structures et dispositifs de coordination à Paris

En Ile-de-France, plus de 35 dispositifs de coordination de proximité existent pour tisser du lien entre les différents intervenants (source : ARS Île-de-France). Zoom sur les principaux relais :

  • Les réseaux gérontologiques (comme Paris Emeraude, Paris 17e, 18e, 19e, etc.) : lieux de dialogue et d’information où chaque situation complexe peut être discutée par une équipe pluriprofessionnelle (médecin, infirmier, kiné, assistante sociale, etc.).
  • Les plateformes d’appui territoriales (PTA) : elles centralisent les demandes des libéraux et orientent vers la structure pertinente (inclusion en EHPAD, HAD, SSIAD...)
  • Les dispositifs PAERPA (Personnes Agées En Risque de Perte d’Autonomie) : expérimentation nationale ayant permis de diminuer de 23 % les hospitalisations évitables chez les plus de 75 ans dans certains quartiers parisiens (source : Ministère de la santé, rapport PAERPA Paris 2021).

Comment les professionnels communiquent-ils entre eux ?

Côté terrain, la « coordination » n’est pas qu’une question de bonne volonté. Elle s’appuie sur des modalités très pratiques :

  • Carnet de liaison à domicile (au format papier ou numérique) où chaque intervenant note recommandations, alertes et évolutions du patient.
  • Réunions de synthèse (physiques ou en visio), souvent organisées par le coordinateur MAIA ou la plateforme locale.
  • Logiciels partagés de dossier patient, de plus en plus adoptés par les médecins parisiens depuis l’accélération du virage numérique après 2020. En 2023, près de 60 % des équipes gériatriques d’Île-de-France déclaraient utiliser un système sécurisé de communication interprofessionnelle selon l’Observatoire régional santé.
  • Appels réguliers (ou textos sécurisés) pour les situations urgentes ou évolutives.

Quels sont les facteurs de réussite… et les freins à la coordination ?

Parce que tout n’est pas (encore) parfait, les équipes sur le terrain partagent souvent les mêmes constats :

  • Facteurs de réussite :
    • Une personne clairement identifiée comme référente du parcours (souvent la coordinatrice MAIA, ou l’IPA)
    • Des outils de communication accessibles à tous (même à l’aide à domicile !)
    • La reconnaissance mutuelle des compétences de chaque professionnel
  • Freins fréquents :
    • Manque de temps des professionnels pour dialoguer entre eux
    • Parfois, peu de formation à la coordination en dehors du secteur hospitalier
    • Multiplication des intervenants sans harmonisation préalable (ex. changement de cabinet d’IDE tous les mois)

Le regard croisé des familles et des professionnels

Nombre de familles expriment le besoin d’un « chef d’orchestre » unique. Selon une enquête de la FNADEPA (2023), plus de 62 % des proches aidants à Paris se disent « perdus » quant à l’identité du référent à appeler en cas de problème.

La coordination doit donc aussi mettre la personne âgée et ses aidants au centre, en prenant toujours le temps d’expliquer tout nouveau projet, toute interface entre professionnels, toute modification de prise en charge – c’est la boussole commune qui permet de traverser les imprévus de l’âge avec plus de sérénité.

Prendre part dans la coordination : conseils concrets pour proches et patients

  • Notez les noms et téléphones de tous les intervenants sur une feuille visible à la maison.
  • Demandez systématiquement qui est la « personne référente » pour toute situation complexe (habituellement la coordinatrice MAIA ou l’assistante sociale du secteur).
  • N’hésitez jamais à solliciter une réunion de synthèse si la situation évolue ou se complique.
  • Gardez un carnet pour écrire vous-même toute question ou observation importante, à partager lors du prochain passage d’un professionnel.

Des métiers en pleine évolution pour relever les défis du vieillissement

Dans le contexte du vieillissement de la population parisienne (près de 430 000 personnes de plus de 65 ans au dernier recensement INSEE, dont la moitié de plus de 75 ans), la coordination des soins est plus que jamais au cœur des enjeux de santé publique.

Les métiers évoluent, les frontières entre intervenants s’estompent parfois, mais l’objectif reste le même : garantir à chaque senior un accompagnement personnalisé, fluide et sécurisant. La clé ? Maintenir le dialogue, former les professionnels à la coordination, et associer activement les familles. C’est en conjuguant ces forces qu’on construit, à Paris et ailleurs, une société respectueuse de l’âge, où chacun prend réellement sa place dans l’accompagnement des plus fragiles.

Pour aller plus loin : Haute Autorité de Santé – Coordination des parcours de santé, ARS Île-de-France – Dispositifs autour du patient.

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