Rester vigilant après 75 ans : la prévention, clé d’une belle autonomie

Pourquoi la prévention prend un sens particulier après 75 ans

Le vieillissement s’accompagne souvent de changements discrets : fatigue, essoufflement, souci de mémoire, perte d’appétit, etc. Or, après 75 ans, certaines pathologies deviennent nettement plus fréquentes, et peuvent rester silencieuses jusqu’à ce qu’elles entraînent des conséquences lourdes : chutes, perte de mobilité, faiblesses cardiaques, etc.

  • En 2022, 34% des hospitalisations chez les plus de 75 ans étaient dues à un dépistage ou une prise en charge tardive de maladies chroniques (source : Assurance Maladie).
  • Une détection précoce permet de retarder de plusieurs années l’apparition d’une dépendance ou d’un handicap lié à l’âge (Inserm).

Faire le point chaque année sur son état de santé, c’est donc bien plus utile qu’une simple visite de routine : c’est souvent la différence entre une intervention rapide et un long passage à l’hôpital.

Les examens incontournables à ne pas négliger

1. Surveillance cardiaque : un réflexe vital

L’âge avance, le cœur s’essouffle parfois un peu. Après 75 ans, la fibrillation auriculaire, l’insuffisance cardiaque et l’hypertension sont beaucoup plus fréquentes. Or, selon la Fédération Française de Cardiologie, plus de 70 % des personnes âgées ignorent leurs premiers signes d’insuffisance cardiaque.

  • Tension artérielle : à faire mesurer au minimum à chaque visite chez le médecin traitant, et idéalement une fois par an à domicile ou en pharmacie. Une hypertension non traitée multiplie par 4 le risque d’AVC chez les plus de 75 ans.
  • Électrocardiogramme (ECG) : recommandé tous les 1 à 2 ans surtout en cas d’antécédents cardiaques, de palpitations, ou de prise de traitements à risque. L’ECG permet de détecter la fameuse fibrillation auriculaire, grand pourvoyeur d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) chez les seniors.
  • Examen clinique du cœur et des poumons : l’auscultation systématique lors d’une consultation annuelle permet souvent, par de petits indices (dyspnée, œdèmes…), de repérer une décompensation cardiaque débutante.

Exemple du terrain : Monsieur L., 82 ans, souffrait simplement « d’essoufflement en montant l’escalier ». Son médecin a découvert, grâce à un ECG réalisé lors de la visite annuelle, un trouble du rythme silencieux. Pris en charge tôt, il a évité l’hospitalisation.

2. Vision et audition : ne pas passer à côté

Les troubles sensoriels majorent le risque de chute, d’isolement et d’erreurs thérapeutiques. Ils sont pourtant souvent ignorés car l’installation est progressive.

  • Bilan de la vue : À partir de 75 ans, il est recommandé d’effectuer un examen ophtalmologique tous les 2 à 3 ans au minimum, même si on pense bien voir. Le glaucome touche près de 10 % des plus de 80 ans, et la DMLA représente 80 000 nouveaux cas par an en France (source : Institut National d’Ophtalmologie).
  • Dépistage auditif : Un test d’audition simple (audiométrie) doit être proposé tous les 2 ans après 75 ans. Une baisse d’audition, non appareillée, expose à un risque double de chute et multiplie par 3 le risque de perte cognitive (source : Inserm, étude 2023).

Anectode de terrain : Beaucoup de mes patients « n’osent pas » se faire appareiller, or aujourd’hui, de nombreux dispositifs sont remboursés quasi-intégralement par la Sécurité sociale (100 % Santé).

3. Dépistage des cancers : cibler l’utile

Chez les plus de 75 ans, le bénéfice du dépistage systématique doit être discuté au cas par cas avec le médecin. Certains cancers restent pourtant à surveiller.

  • Cancer colorectal : Selon la HAS, il est pertinent de poursuivre le dépistage (test immunologique fécal tous les 2 ans) jusqu'à 80 ans si l’état général est bon et l’espérance de vie estimée à plus de 10 ans. Le cancer colorectal demeure le 2 cancer le plus meurtrier chez les seniors.
  • Cancer du sein : La mammographie tous les deux ans peut être proposée jusqu’à 80 ans selon le profil, chez les femmes en bonne santé et sans comorbidités majeures. Au-delà, elle est discutée selon l’espérance de vie et l’autonomie.
  • Prostate : Le dépistage systématique (PSA) est généralement non recommandé après 75 ans, car les risques de surdiagnostic dépassent souvent les bénéfices, sauf en cas de symptômes urinaires récents ou d’antécédents familiaux.

Chiffre clé : 30 % des diagnostics de cancer colorectal chez les plus de 75 ans sont encore réalisés à un stade tardif, alors qu’un test simple tous les deux ans permet de l’éviter (source : INCa).

4. Bilan métabolique : surveiller reins, foie, diabète

Un check-up sanguin annuel – réalisé souvent à l’occasion d’une visite ou lors du renouvellement des traitements – permet d’anticiper plusieurs risques silencieux :

  • Fonction rénale (créatinine, DFG) : 1 personne sur 4 de plus de 80 ans présente une insuffisance rénale débutante, souvent silencieuse (Source : Fondation du Rein).
  • Diabète : Les recommandations de l’Assurance Maladie recommandent une glycémie à jeun tous les ans, car le risque de diabète augmente avec les années, or ses symptômes peuvent être masqués chez les seniors.
  • Lipides (cholestérol) : Un bilan lipidique tous les 2 à 3 ans aide à détecter ou surveiller une hypercholestérolémie, facteur de maladies cardiovasculaires.
  • Bilan hépatique et dosage de la vitamine D, surtout en cas de fatigue ou de traitements multiples : la carence en vitamine D touche plus de 50 % des plus de 80 ans en France (Santé Publique France).

5. Evaluation de la mémoire et de la cognition

Les troubles de la mémoire ne sont pas une fatalité. Un repérage simple dès les premiers signes aide à différencier le vieillissement « normal » d’une maladie débutante (Alzheimer, troubles cognitifs légers…).

  • Test Mini-Mental ou test des 5 mots : Courts questionnaires valables en consultation chez le médecin. Ce bilan est recommandé chaque année dès que le moindre doute existe.
  • Évaluer l’humeur : La dépression du senior passe souvent sous les radars, alors que 20 à 30 % des plus de 75 ans traversent des épisodes dépressifs (source : Fondation Fondamental).

Exemple du terrain : Mme B., jusqu’ici très autonome, a connu plusieurs oublis de factures et rendez-vous. Un test simple a permis de mettre en place un accompagnement et une stimulation cognitive précoces, freinant l’aggravation.

6. Dépistage de l’ostéoporose et du risque de chute

La France recense chaque année plus de 150 000 fractures du col du fémur chez les plus de 75 ans (source : Assurance Maladie). La détection de l’ostéoporose et des risques de chute est donc une priorité.

  • Ostéodensitométrie (DEXA) : Indiquée chez les femmes après 75 ans, ou chez tout senior ayant connu une fracture après 65 ans. C’est un examen indolore qui dure 10 minutes.
  • Bilan de l’équilibre et de la marche : Test simple en consultation (se lever d’une chaise, marcher 4 mètres…).
  • Bilan nutritionnel : Rechercher et prévenir la dénutrition (perte de poids involontaire, fonte des muscles) est essentiel car elle majore le risque de chute et d’infection. L’Observatoire national de l’alimentation estime qu’en France, 10 à 25 % des plus de 80 ans sont en situation de dénutrition modérée.

Conseil pratique : Demandez au médecin ou à votre pharmacien les carnets d’auto-surveillance de la perte de poids ou de la vitamine D : ils sont gratuits dans la plupart des communes de Paris.

7. Vaccinations : à réviser régulièrement

On oublie trop souvent que l’immunité baisse avec l’âge. Certaines maladies que l’on croyait réservées aux jeunes (grippe, covid, zona, pneumocoque) peuvent avoir des conséquences dramatiques chez les seniors.

  • Grippe : vaccination annuelle, en automne.
  • Pneumocoque : 1 injection recommandée à partir de 65 ans, rattrapage possible jusqu’à 80 ans surtout en cas de maladie chronique.
  • Covid : rappel bi-annuel conseillé pour les plus de 75 ans, en particulier en période hivernale.
  • Zona : disponible sur prescription, il réduit le risque de complications douloureuses – désormais conseillé à partir de 65 ans par la Haute Autorité de Santé.

Selon Santé Publique France, la vaccination grippe réduit la mortalité hivernale de moitié chez les plus de 75 ans.

Combien d’examens par an ? Combiner prévention et qualité de vie

Une consultation annuelle de prévention, c’est quoi ? C’est un rendez-vous où le médecin généraliste ou gériatre passe en revue ces différents points : cœur, tension, vue, audition, vaccination, mémoire, nutrition, chutes... En général, « un grand tour » peut se faire en moins de 45 minutes, souvent lors du renouvellement des traitements.

Dans les mairies d’arrondissement à Paris, des bilans de prévention gratuits sont proposés plusieurs fois par an, avec orientation vers les spécialistes si besoin (renseignez-vous auprès de votre CLIC ou de votre centre municipal de santé).

  • Préparez une petite liste des points à aborder : variations de poids, douleurs inhabituelles, oublis, fatigue…
  • N’hésitez pas à demander un test de vitamine D et une mesure de tension à chaque visite.
  • Demandez une évaluation de la marche et de l’équilibre, simple mais souvent oubliée.

Ressources pratiques et liens utiles pour les seniors à Paris

Revoir sa prévention, c’est aussi reprendre le pouvoir sur sa vie

Bien choisir ses examens, c’est gagner en sérénité au fil des années. De nombreux patients le disent : se savoir suivi, c’est aussi un bien-être psychologique. Et si la visite annuelle permet de parler aussi de projets, d’activités, d’envies ? Garder le réflexe prévention, c’est renforcer sa liberté. La médecine du grand âge n’est pas celle du tout contrôle, mais celle de l’anticipation : juste ce qu’il faut, au bon moment.

Le Marais continue de voir marcher Mme Dupré – et tant d’autres – avec confiance et énergie. Un bel exemple de ce que peut offrir la prévention bien conçue après 75 ans.

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